Il était une fois à Medellín

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Medellín, été 2007.

Il fait bon vivre à Medellín.

Dans mon souvenir, il est environ 6 heures du matin, l’heure où les écoliers sont déjà sur le chemin de l’école, les employés dans le métro, les premières telenovelas monopolisent la chaîne RCN, et la ville est animée par les vendeurs ambulants d’orchidées et de jus de fruits exotiques. Par la fenêtre du taxi qui m’amène au terminal de bus, d’où je dois rejoindre des potes qui m’attendent à San Jerónimo, je regarde les Paisas, parfumés et stylés, qui rejoignent leur office d’un pas élancé. Ce jour-là, comme la plupart du temps, la journée s’annonce superbe, une journée printanière comme je les aime. Il fait bon vivre à Medellín.

Un autre prétexte pour faire la fête

Medellín s’éveille, c’est la période de la Feria de las Flores, un autre prétexte pour faire la fête et se retrouver entre amis, lors d’un concert ou d’une soirée à l’arrache, organisée à la va-vite, au pied de la résidence du quartier. Par la fenêtre du taxi qui est au feu rouge, mon regard se pose sur un groupe de femmes, belles et coquettes, qui distribuent des flyers pour assister à un concert de Reggaeton prévu pour l’occasion. « Hey mon amour », me dit l’une d’elle en me tendant son tract par la fenêtre, « viens, ça va être génial et amènes tes potes, on va s’éclater! » Là, je repense à la veille et au moment où j’ai découvert cet endroit unique. Le genre d’endroits qui ne paye pas de mine, un local en sous-sol, où l’on diffuse les plus grands classiques de salsa en vinyle, où les étudiants viennent s’y retrouver jusque tard, car ils trouveront toujours quelqu’un pour les accompagner sur la piste, des danseurs incroyables qui sortent d’aucune école, où l’on se drague gentiment, avec un prix des boissons bien moins cher qu’ailleurs, et une allégresse démesurée. Il fait bon vivre à Medellín.

Qu’est-ce que je suis venue foutre à Medellín ?!

À Medellín, le temps ne s’écoule pas comme partout, on a souvent cette impression que les journées passent lentement, ou du moins à notre rythme, sans pression. Le chauffeur de taxi change de station de radio, augmente le volume de la chanson, et me demande si tout va bien et si la chanson me plaît d’un air amusé, tout en chantonnant les paroles. Mon accent l’interpelle, je lui dis que je suis française, de passage en Colombie pour tout l’été, et c’est à ce moment-là qu’il me demande, en tirant confortablement sur sa clope, ce que je suis venue foutre à Medellín. D’abord très étonnée par sa question, je lui réponds spontanément. La vérité, lui dis-je, c’est que depuis la première seconde où j’ai posé les pieds sur le sol de votre pays, je ne me suis jamais sentie aussi bien qu’ailleurs. Il me sourit. Ma réponse le laisse bouche bée. Quand la concentration de touristes présents dans ta ville se résume probablement à…. moi, oui bon, et peut-être quelques rares habitants des pays voisins, ou quelques « gringos » de passage, je peux comprendre son étonnement. Et à mon tour de lui demander pourquoi les étrangers, comme on les appelle ici, ne viennent pas visiter la ville.

Et surtout il me dit de revenir

C’est vrai ça ! Nous sommes en 2007. Pourquoi personne vient passer ses vacances à Medellín ? Pourquoi ? Medellín la ville de l’éternel printemps, la ville où les hommes sont charmants comme tout et d’une galanterie comme il en existe nulle par ailleurs, où l’on peut facilement parler avec des inconnus, trouver de la bouffe bio pas cher, où l’on vous invitera à la maison sans rien attendre en retour, où trouver un endroit pour faire la fête est toujours possible, surtout au dernier moment, où l’on peut se balader presque toute l’année dehors en t-shirt/jupe à 4 heures du mat’, à la sortie d’une fête, sans jamais avoir froid, ni chaud, où la bienveillance et la joie de vivre sont omniprésentes, où tout se chante et tout se danse, où l’on peut s’échapper de la ville et être complètement dépaysé en à peine une heure de… Santiago, je me souviens encore du prénom de ce chauffeur, sourit et m’interrompt gentiment en me disant « on est arrivés ! » On se sert la main très chaleureusement et il me dit à quel point notre discussion lui a fait plaisir, qu’il est content de voir qu’une étrangère aime sa ville dont il est si fier, il me souhaite bonne route pour la suite, et surtout il me dit de revenir.

Je n’ai pas eu de réponse ce jour-là

Alors, vous le savez vous pourquoi en 2007, personne vient à Medellín ? Je n’ai pas eu de réponse ce jour-là, ni même les mois suivants. Aujourd’hui, le local en sous-sol qui ne payait pas de mine, vous vous souvenez, et bien il figure dans les guides de voyages, les Colombiens n’y vont plus trop car « l’endroit a trop changé, il y a même des vigiles à l’entrée pour contrôler » me disent-ils. Les hostels ont poussés comme des champignons, alors qu’en 2007, il n’y en avait pas un seul. C’est bien, le tourisme s’est développé depuis le temps, la ville reçoit énormément de visiteurs, qui bien souvent visitent les mêmes endroits et font les mêmes excursions qu’on leur propose dans le quartier du Poblado. Le Lonely Planet en a même fait une destination tendance, en classant la Colombie en deuxième position des pays à visiter en 2017 ! Bref, Internet est passé par là.

Suivez mes aventures et inspirez-vous !

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